Un nouveau contrôle positif à l'EPO sur le Tour
LEMONDE.FR | 16.07.08 | 10h08 • Mis à jour le 16.07.08 | 13h45Le coureur espagnol Moises Duenas Nevado, 27 ans, de l'équipe Barloworld, a été contrôlé positif à l'érythropoïétine (EPO) lors d'un contrôle effectué par l'Agence française de lutte contre le dopage (AFLD), mardi 8 juillet, à l'issue de l'étape contre la montre à Cholet.
Le coureur espagnol occupait la 19e place au classement général, à 6 min 43 s du leader, l'Australien Cadel Evans. Son équipe, qui poursuit la course, l'a exclu immédiatement du Tour.
Il s'agit du deuxième contrôle positif à l'EPO enregistré depuis le début de la course. Le précédent concernait l'Espagnol Manuel Beltran (Liquigas), lors de la première étape, le 5 juillet, à Plumelec. Manuel Beltran avait lui aussi été retiré de la course par son équipe, après l'annonce de son contrôle positif, au soir de la 7e étape.PLUSIEURS COUREURS "CIBLÉS"
L'AFLD a indiqué, en fin de semaine dernière, qu'entre dix et vingt coureurs étaient "ciblés" depuis les résultats des prélèvements sanguins effectués juste avant le départ du Tour. Ces coureurs présentaient des paramètres jugés anormaux.Un courrier a été adressé, vendredi 11 juillet, aux cyclistes les informant de ces analyses. "Cette transmission n'a en aucun cas valeur d'avertissement au sens juridique du terme", a assuré l'AFLD. Tout en prévenant : "Après avis médical, il a en revanche été suggéré à un certain nombre de coureurs de remettre leurs résultats au médecin de leur équipe, en raison de la possibilité d'un risque sanitaire, compte tenu des valeurs de certains paramètres."
Stéphane Mandard
Le contrôle positif de Manuel Beltran mine l'atmosphère sur la ligne de départ à Figeac
LEMONDE.FR | 12.07.08 | 13h46 • Mis à jour le 12.07.08 | 17h50L'ambiance était maussade sur le Tour de France, samedi 12 juillet, à Figeac, avant le départ de l'étape qui devait mener le peloton à Toulouse. Est-ce la petite pluie fine, est-ce le climat lourd de dopage qui règne à nouveau sur la course ? Les coureurs, jusque là disponibles et diserts, sont restés longtemps claquemurés dans les bus, rideaux fermés. Après l'annonce, la veille, du contrôle positif à l'EPO de l'Espagnol Manuel Beltran (Liquigas) et le communiqué de l'Agence française de lutte contre le dopage (AFLD), indiquant qu'un " certain nombre " de coureurs possédaient des paramètres sanguins anormaux, le Tour avait comme une gueule de bois.
Près de la ligne de départ, le bus de la Liquigas était bloqué par deux voitures de l'équipe, façon blockhaus ou caravane assiégée par les Indiens. Puis, en bons professionnels, les coureurs sont allés remplir leurs obligations publicitaires au village de départ. Les membres de la Liquigas plaisantaient même ouvertement avec les hôtesses, dans une ambiance détendue ou souhaitant le paraître. "Je ne comprends pas pourquoi mon coureur a fait ça", répétait Roberto Amadio, le manager de l'équipe italienne, exprimant également sa désolation après l'annonce que la Vuelta envisageait de retirer sa formation de la course, en septembre prochain.Dans les stands officiels de l'organisation, Patrice Clerc, président d'Amaury Sport Organisation (ASO), temporisait déplorant " le déferlement hystérique " provoqué par l'affaire. " L'AFLD a attrapé un tricheur comme dans beaucoup d'autres épreuves cyclistes, comme dans d'autres sports chaque week-end, assurait-il. J'en suis content. Il y a un tricheur de moins. Je suis abasourdi qu'il y ait encore un gars qui n'ait pas compris qu'il fallait changer. " Patrice Clerc a regretté qu'on " jette en pâture " des chiffres sur le nombre de coureurs ayant des paramètres sanguins anormaux. " On lance une chasse aux suspects ", a-t-il estimé.
Quelques instants, plus tard, Bernard Laporte, secrétaire d'Etat chargé des sports, reprenait un discours similaire. " Ca me rassure, ça prouve qu'il n'y a pas de pitié pour les gens qui trichent. Quand il y en a un qui triche, il est pris. " Le membre du gouvernement a insisté sur le fait qu'il s'agisse à ses yeux " d'un cas isolé ", d'un " coureur de la vieille école ", âgé de 37 ans. " J'ai confiance dans la nouvelle génération ", a-t-il assuré.
Du côté du peloton français, Roger Legeay, manager du Crédit agricole, tentait de faire bonne figure et entonnait peu ou prou le même discours. " C'est pas agréable mais ça prouve que la lutte antidopage marche. On attrape les types, c'est plutôt une bonne nouvelle. " Jean-René Bernaudeau, manager de Bouygues Telecom, se montrait moins diplomatique en jugeant " pitoyable " l'attitude d'un " abruti avec un grand A. " A 13 heures juste, le peloton s'est enfin ébroué et a pris la direction de Toulouse.
Benoît Hopquin et Mustapha Kessous
Le "super-EPO" au marché noir des dopants
LE MONDE ECONOMIE | 16.06.08 | 14h45 • Mis à jour le 16.06.08 | 14h45La production mondiale annuelle d'érythropoïétine (EPO) serait, selon Sandro Donati, expert italien auprès de l'Agence mondiale antidopage (AMA), cinq à six fois supérieure à la quantité nécessaire pour couvrir les besoins thérapeutiques (traitement des anémies ou des insuffisances rénales). Une des explications tient à l'existence d'un important marché noir à destination des sportifs. Selon une étude financée par l'Union européenne en 2002, le marché noir des produits dopants représenterait plusieurs milliards d'euros par an en Europe.
Toujours à l'affût des dernières molécules capables d'améliorer leurs performances, certains sportifs sont prêts à tout, y compris jouer les cobayes pour bénéficier des effets d'un médicament avant les autres.En 2004, la police italienne a ainsi découvert avec stupeur que des coureurs cyclistes n'avaient pas hésité à tester une molécule, la CERA (Continuous Erythropoiesis Receptor Activator), alors qu'elle était toujours en phase d'études cliniques.
Développée par le laboratoire pharmaceutique suisse Roche dans le but de traiter les anémies associées aux maladies rénales chroniques et aux cancers, la CERA avait rapidement été rebaptisée "super-EPO" dans le peloton parce qu'elle permettait d'améliorer la production de globules rouges - et donc le transport d'oxygène vers les muscles - de façon beaucoup plus prolongée que les autres formes d'EPO (Aranesp, Dynepo).
L'enquête de la police italienne n'a pas permis d'établir comment les coureurs étaient parvenus à se procurer ladite molécule. La publicité de l'affaire a, en revanche, conduit le laboratoire suisse à collaborer avec l'AMA pour permettre aux autorités antidopage de mettre au point un test de détection capable de retrouver la CERA - commercialisée depuis peu - dans les urines ou le sang des sportifs qui continueraient à l'utiliser, pour l'heure en toute impunité. Une étude clinique est en cours au Laboratoire suisse d'analyse du dopage, à Lausanne.
Stéphane Mandard
Article paru dans l'édition du 17.06.08.
Süreyya Ayhan, « princesse » truc déchue du demi-fond
LE MONDE | 20.11.07 |
ISTANBUL CORRESPONDANCESüreyya Ayhan ne foulera sans doute pas la piste d'athlétisme de Pékin. L'athlète turque, championne d'Europe du 1 500 m en 2002, a subi un test antidopage qui s'est révélé positif, alors qu'elle s'entraînait aux Etats-Unis en vue de préparer les Jeux olympiques de 2008, a révélé, vendredi 16 novembre, la Fédération turque d'athlétisme. La substance incriminée n'a pas été précisée, mais une seconde expertise de l'échantillon, pratiquée au Canada, a confirmé l'infraction.
La coureuse de demi-fond, âgée de 29 ans, héroïne déchue du sport turc, risque la suspension à vie. En 2004, peu de temps avant les JO d'Athènes, pour lesquels elle devait être la porte-drapeau de la Turquie, elle s'était soustraite à un contrôleantidopage avec la complicité de son mari et entraîneur, Yücel Kop. Sureyya Ayhan a été suspendue de compétitions pour deux ans en 2005,, peine ensuite ramenée à un an. Le couple jurait ne pas avoir eu recours au dopage. Ce récent contrôle positif, qui date du mois de septembre, pourrait sonner la fin de carrière d'une athlète dont la chute est aussi brutale que l'ascension.
En 2002 Süreyya Ayhan est couverte d'or. L'or de Munich et des championnats d'Europe. Et les 1500 pièces d'or, cadeau de l'Etat turc. Inconnue l'année précédente, La “princesse turc” était devenue une icône dans un pays en manque de sportifs de renom. Le jour de la finale des championnats du monde en 2003,à Paris, tout le pays s'arrête pour voir le triomphe annoncé de Süreyya. Le premier ministre Recep Tayyip Erdogan saute même dans un avion pour se rendre au Stade de France. Elle décroche la médaille d'argent. Elle bat également, la même année, le record d'Europe du 1500 m. A chaque fois en faisant la course à fond, en tête de bout en bout.
Mais, très vite, Süreyya traine une réputation sulfureuse pour ses performances subites et sa relation fusionnelle avec son entraîneur. Véritable gourou, , Yücel Kop, ex-skieur de fond, aujourd'hui âgé de 51 ans, a façonné la carrière de sa protégée. En 2003, ils se sont mariés pour mettre fin au scandale de leur relation. Depuis, à Ankara ou dans leur camp de préparation aux Etats-Unis, le couple vivait reclus et coupé de la Fédération turque.Guillaume Perrier
Article paru dans l'édition du 09.10.07.
Affaire Puerto : « Ce serait un peu étrange que le cyclisme soit le seul sport impliqué dans un système aussi organisé »
LE MONDE | 12.11.07 | 15h28 • Mis à jour le 12.11.07 | 15h29La justice espagnole, qui a classé sans suite, en mars, l'enquête sur le réseau de dopage organisé par le médecin Eufemiano Fuentes, ne s'est toujours pas prononcée sur l'appel déposé par l'AMA. « J'espère que l'affaire Puerto n'est pas encore terminée et qu'elle ira jusqu'à son terme, déclare Richard Pound. Nous attendons la décision du juge après notre appel contre sa décision de classer le dossier. La situation, aujourd'hui, n'est pas satisfaisante. Pat McQuaid le président de l'Union cycliste internationale assure très fermement qu'au départ de l'enquête on a assuré qu'il n'y avait pas seulement des cyclistes dans le dossier. Et, en Espagne, le ministre des sports Jaime Lissavetsky affirme que seuls des cyclistes seraient concernés. Ce serait un peu étrange que le cyclisme soit le seul sport impliqué dans un système aussi organisé. »
Stéphane Mandard
Article paru dans l'édition du 13.11.07.
DOPAGE
Patrick Sinkewitz se confesse
Article paru dans l'édition du 06.11.07Le coureur allemand Patrick Sinkewitz, contrôlé positif à la testostérone avant le Tour de France, passe aux aveux dans un entretien paru lundi 5 novembre dans le magazine Der Spliegel. Il reconnaît s'être dopé à l'EPO à partir de 2003 et avoir eu recours à des transfusions sanguines pendant le Tour 2006 avec l'aide des médecins de l'éqipe T-Mobile. Le domicile des médecins a été perquisitionné.
Dernier revers pour Martina Hingis
Contrôlée positive à la cocaïne, l’ex-numéro 1 mondiale conteste, mais décide, pour la seconde fois, de se retirer du circuit.
LIONEL FROISSART
QUOTIDIEN : vendredi 2 novembre 2007
Martina Hingis a-t-elle franchi la ligne blanche ? Hier, chez elle à Zurich, la joueuse de tennis avait convoqué la presse pour révéler avoir subi un contrôle positif à la cocaïne le 29 juin. La voix blanche, visiblement émue, Hingis a lu un long communiqué. «Je suis soupçonnée de m’être dopée à la cocaïne lors du tournoi de Wimbledon. Ce soupçon est si terrible que je me suis décidée à ce “coming out”. Je sais que je ne me suis pas dopée et que je suis innocente. J’aurais une peur panique de prendre des drogues». A cause de ce terrible doute, mais aussi minée par des problèmes de santé récurrents (douleur à une hanche), Martina Hingis a décidé de mettre un terme définitif à sa carrière de joueuse alors qu’elle vient de fêter ses 27 ans.La Suissesse, d’origine slovaque, a indiqué avoir refait un test capillaire de sa propre initiative, qui s’est révélé négatif. Toutefois, selon Hingis elle-même, ses échantillons d’urine A et B ont été testés positifs. Selon les avocats de la championne, plusieurs irrégularités ont été relevées dans la procédure de test antidopage. «Les autorités devront admettre qu’elles se sont trompées», a ajouté Martina Hingis, «elles sont incapables de prouver que l’urine [qui a été testée positive à la cocaïne, ndlr] est la mienne».
Curieusement, Larry Scott, à la tête de la WTA, l’organisme qui gère le circuit féminin de tennis, a indiqué hier soir ne pas avoir «reçu d’informations concernant un éventuel contrôle antidopage de la Suissesse Martina Hingis». Quelle que soit la suite de cette affaire, il faudra s’habituer à ne plus voir Martina Hingis sur les courts. Déjà, en 2002, Martina Hingis avait annoncé sa retraite à la suite d’une double opération aux chevilles pour avoir utilisé trop longtemps des chaussures mal adaptées à sa morphologie. Sans vraiment l’avouer, elle se voyait aussi débordée par la montée en puissance – surtout musculaire – de ses adversaires. Son jeu, tout en finesse et en subtilité, paraissait alors d’un autre temps.
Amours. Elle décida donc, à 22 ans, de profiter du sien. Après tout, après s’être consacrée au tennis pendant vingt ans – oui, sa mère et entraîneuse lui avait glissé une raquette dans les mains dès l’âge de 2 ans – elle aspirait à découvrir d’autres plaisirs que celui de gagner beaucoup d’argent en renvoyant une petite balle jaune sur les courts du monde entier.
Depuis cette époque, on sait que Martina n’est pas faite du bois dont on faisait les raquettes. Avec un petit sourire malicieux, elle n’a jamais fait mystère de ses conquêtes masculines, sur le circuit de tennis d’abord, avant de séduire un jeune golfeur, puis un célèbre défenseur de l’équipe d’Arsenal, suivi du fils d’un fameux cavalier (l’équitation est la deuxième passion de cette jeune fille). Avant de croiser de manière éphémère la trajectoire du pilote Jacques Villeneuve. C’était avant de revenir à ses premier amours – en quelque sorte – en tombant dans le bras du Tchèque Radek Stepanek, jusqu’à annoncer, au grand dam de ses nombreux admirateurs, son mariage avec le joueur le plus détesté de la planète tennis. Puis Stepanek a connu le même sort que ses nombreux prédécesseurs. Cette amourette eut au moins le mérite de redonner à Martina Hingis le goût du tennis et de la compétition.
Teigneuse. C’est ainsi qu’en décembre 2005, la Suissesse, toujours conseillée (quoique de manière plus discrète), par sa mère, Mélanie Molitor, a fait son retour sur le circuit. A l’époque, les organisateurs ne se sont pas fait prier pour inviter cette joueuse charismatique et tellement séduisante sur un court. Ses anciennes ou futures adversaires – souvent les mêmes – ont grimacé. Les premières sorties d’«Hingis II» prêtaient à sourire… ou à s’apitoyer. A l’évidence, sa puissance limitée et son service, d’école mais trop lent, n’en faisaient pas une joueuse d’avenir. Les observateurs avertis affirmaient pourtant que la teigneuse joueuse suisse ne tarderait pas à réintégrer un classement honorable. Mais de là à voir celle qui avait été numéro 1 mondiale à 16 ans revenir troubler la progression des meilleures joueuses mondiales… Après cinq mois, Hingis pointait déjà à la quinzième place du classement WTA. Secrètement, elle n’était pas fâchée d’agacer à nouveau. N’était-ce pas le signe qu’il fallait à nouveau la craindre ? Car brillante, et même parfois irrésistible sur le court, Hingis a souvent exaspéré en coulisse. On lui reprochait une certaine distance, vue comme de l’arrogance, son sourire insolent, mais surtout son comportement d’enfant capricieuse dès que les choses ne tournaient plus rond pour elle. C’est que la Suissesse, élevée à la dure, n’a jamais envisagé la défaite comme une option. Et les 40 millions de dollars gagnés grâce à son sport, dont la moitié par la générosité de ses sponsors, n’y ont jamais changé quoi que ce soit.
Son incomparable intelligence du jeu et sa science du placement juste n’ont pas souvent été célébrées par ses adversaires, plus sensibles au mauvais caractère de l’enfant prodige.
Après sa première retraite, Martina Hingis était pourtant revenue au tennis dans de meilleures dispositions, toujours souriante, mais vraiment décontractée. Ce qui ne l’avait pas empêchée de reprendre sa place dans l’élite.
Déjà victorieuse de 5 tournois du Grand Chelem au temps de sa gloire, même si Roland-Garros lui a toujours échappé malgré deux présences en finale, elle a tout même ajouté trois tournois à son palmarès en 2006 pour bloquer ses statistiques sur 43 victoires en simple et 37 en double.
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ATHLÉTISME
Marion Jones rend ses médailles des Jeux de 2000
Article paru dans l'édition du 10.10.07La sprinteuse américaine Marion Jones a restitué ses médailles des JO de Sydney (or sur 100 m, 200 m et 4 × 400 m, et bronze au saut en longueur et au 4 × 100 m). Elle doit aussi reverser au Comité olympique américain (USOC) 100 000 dollars acquis en 2000 et 2001. Vendredi 5 octobre, elle avait avoué devant un juge new-yorkais l'utilisation de produits dopants à cette époque.
Athlétisme
Une pincée de dopage
Vitamines, antioxydants, créatine. Une enquête révèle que 85 % des sportifs de haut niveau consomment des compléments alimentaires. Une pratique légale, mais sujette à nombre de dérives.
Par CÉDRIC MATHIOT ET LAURENT LEPELTIER
QUOTIDIEN : mardi 9 octobre 2007
Les stars de l’athlétisme français en pharmacie… Depuis six mois, les sprinters Ronald Pognon, Christine Arron, David Alerte et le perchiste Romain Mesnil sont les têtes de gondole d’un nouveau sponsor : Eafit, spécialiste hexagonal du complément alimentaire, champion du pot de protéines géant et des produits minceur. L’entreprise, basée dans le sud de la France, entend profiter de l’aura des champions pour vendre sa gamme «grand public» et se targue de fournir gratuitement les athlètes, avec si besoin, les conseils d’un médecin mis à disposition par la marque. Le partenariat a suscité des grimaces ( «en tant qu’éducateur, c’est difficile d’être pour», grince un responsable fédéral) et quelques railleries : début septembre, Eafit a acheté une pleine page de pub dans l’Equipe pour féliciter Mesnil de sa médaille d’argent aux Mondiaux… le jour où Naman Keita, coureur de 400 m haies de l’équipe de France, contrôlé positif lors de la même compétition, affirmait avoir été dopé à son insu… par un complément alimentaire «pollué» acheté sur Internet.
«Ce n’est pas un tabou»
Mais l’arrivée des compléments sur les liquettes des stars a surtout un mérite : elle révèle la banalisation de pratiques usuelles dans l’athlétisme moderne. Longtemps, la France a stigmatisé le penchant anglo-saxon pour ces produits d’appoint, parfois considérés comme des marchepieds vers des produits moins licites. Tout indique que l’exception française a fait long feu. «Ce n’est pas un tabou», dit Mesnil, qui dit prendre «des gels et des complexes de vitamines, pour combler les carences». «Une chose est certaine, ils en prennent tous, même ceux qui s’en défendent», assure un entraîneur français. Eafit assène un discours décomplexé : «Nous misons sur la qualité et pouvons aider les athlètes, qui ont parfois des lacunes en termes de nutrition», dit Jean-Luc Gaillard, directeur commercial de la marque. Selon une enquête réalisée entre 2004 et 2006 par l’IAAF auprès de 310 athlètes de l’élite mondiale, 85 % de ces sportifs se disent consommateurs de compléments. Une trentaine de Français ont été questionnés, pour des résultats dans la moyenne. Impressionnant, le pourcentage ne peut s’analyser en données brutes. Le spectre des produits - et des usages qui en sont faits - est aussi large que la définition du complément alimentaire : un produit destiné à être ingéré en complément de l’alimentation, afin de pallier l’insuffisance réelle ou supposée des apports journaliers en vitamines, minéraux, protéines ou extraits végétaux. Pour des objectifs eux aussi variés : produits de récupération, d’hydratation, dynamisants (qui contiennent des molécules proches des amphétamines), jusqu’aux produits censés avoir des propriétés proches des hormones de croissance ou des stéroïdes… et qui en contiennent parfois.
«Les produits que les athlètes disent utiliser le plus sont les vitamines, les antioxydants, les minéraux, les protéines, la créatine», rapporte l’auteur de l’étude, Frédéric Depiesse, président de la commission médicale de la fédération française et membre de la commission médicale de l’IAAF. Le médecin français a trouvé dans la consultation quelques signaux «rassurants» (trois quarts des interrogés disent prendre les compléments avec l’avis d’un médecin ou d’un nutritionniste) mais concède avoir été «un peu surpris» par l’ampleur de la pratique, contre laquelle l’Agence mondiale antidopage (AMA) émet de régulières mises en garde.
«Les athlètes font leur cuisine»
Surpris, les athlètes français ne le sont pas. «Un mec qui fait du haut niveau et dit qu’il ne prend rien, c’est un menteur», sourit Cédric Lavanne, coureur de 110 m haies : «Je prends des acides aminés essentiels, pour la synthèse musculaire. J’ai pris de la pure Whey il y a trois ans [complément hyperprotéiné ndlr], mais j’ai pris 3 kilos en 2 semaines et j’ai arrêté. Chacun a ses trucs. Les sprinters prennent du Zmax, Zma, Tribulus, Tribulmax [des produits censés augmenter le taux de testostérone]. Ils doublent ça avec de la créatine, pour la puissance et la récupération. Quand tu vois un mec qui a des crampes après chaque séance, tu peux être sûr qu’il abuse de la créatine .» Yohann Diniz, vice-champion du monde du 50 km marche, parle d’un passage obligé : «J’évite d’en prendre autant que possible. Mais dans les sports d’endurance, on a besoin de fer, de magnésium et de vitamine B12. Il faut en prendre pour ne pas aller à la blessure. Lors de mon dernier stage en Afrique du Sud, j’ai essayé de m’en passer. Au bout de dix jours, j’étais complètement tétanisé.» «La naïveté est de croire qu’un athlète de haut niveau a les mêmes besoins qu’un individu lambda», dit un entraîneur.
Le souci est que le degré de connaissance des athlètes n’est pas forcément plus élevé que celui de l’individu lambda. «Il y a sur le marché un grand nombre de trucs mercantiles, mensongers, bourrés d’allégations fallacieuses», pointe Stéphane Diagana, ex-champion du monde sur 400 m haies. En théorie, chaque athlète de haut niveau est prié de soumettre les produits au médecin fédéral. Certains disent s’y plier, mais d’autres, éparpillés dans les groupes d’entraînements, «oublient» parfois la case fédérale, à en croire un entraîneur : «Les athlètes font leur cuisine d’après leurs propres expériences et les avis pas toujours renseignés d’autres sportifs. Certains ont la réputa tion de s’y connaître. Ça passe peu par la fédé ou les entraîneurs. Le mot d’ordre doit être : Surtout, n’en parle pas à ton coach. » La Fédération française d’athlétisme concède avoir été un peu dépassée. «Jusqu’à récemment, le discours majoritaire en France, c’était : Ne prenez r ien. Mais on se rend compte que c’est inefficace. Parce que les athlètes écoutent d’autres personnes et en prennent quand même, reconnaît Frédéric Depiesse. La fédération est en train d’adopter un discours plus réaliste.» Franck Chevallier, directeur technique national : «L’athlétisme est un sport où chaque millième de seconde compte. On peut comprendre qu’à partir d’un certain niveau les athlètes envisagent tous les domaines de la performance pour s’améliorer. La nutrition en est un, et on peut considérer que pour un athlète de l’élite le complément alimentaire est une démarche ultime. Mais uniquement s’il a épuisé toutes les autres démarches vers le haut niveau, comme l’alimentation saine, la vie saine, la consultation de kiné et de nutritionnistes.»
Mauvaises surprises au fond des pots
Lors des récents championnats du monde au Japon, pour lutter contre les conditions de chaleur extrême, la fédération a fourni aux athlètes des produits d’effort et de récupération fournis par son sponsor, les laboratoires Pierre Fabre, qui ont lancé fin 2006 une gamme de produits de «diététique de l’effort». La conférence annuelle de la commission médicale de la FFA, qui se réunira début décembre, actera un nouveau discours à l’attention de l’élite sportive. «L’idée est que le complément peut être utilisé au cas par cas, mais toujours avec l’avis du médecin fédéral», ajoute le docteur Depiesse.
La vigilance reste au cœur de ce discours. D’abord à cause des mauvaises surprises parfois cachées au fond des pots. Plusieurs études ces dernières années ont montré que 15 % des compléments alimentaires contenaient des traces de produits dopants - dérivés stéroïdiens, surtout - non affichés sur les étiquettes. Ces «contaminations» sont le fruit de procédés industriels mal maîtrisés, ou répondent à la volonté délibérée des fabricants de conférer plus d’efficacité à leurs produits. Les risques sont encore renforcés par le fait que les industriels américains jouissent depuis 1994 d’un cadre très laxiste les autorisant à mettre dans leurs produits des substances interdites ailleurs… Pro Dietic, un fabricant français de compléments, a reçu récemment un lot de matières premières venant de Chine qui comportait des stéroïdes. «L’expéditeur nous a dit que le lot était en fait destiné aux Etats-Unis. On l’a renvoyé illico», rapporte un responsable de l’entreprise.
«Comme manger 25 kg de thon»
Mais le danger guette aussi à la pharmacie du coin. Une foule de «produits minceur» vendus en France contiennent des extraits de Citrus aurantium ou orange amère. Autorisé à la vente, ce stimulant - considéré comme un succédané de l’éphédra, interdit - contient deux molécules : la synéphrine, placée sous surveillance de l’Agence mondiale antidopage, et l’octopamine, interdite par l’AMA depuis 2006. «Le problème, note le docteur Jean-Pierre Fouillot, président de l’Association des antennes médicales régionales de prévention du dopage, c’est que les fabricants donnent rarement des précisions sur les dosages, ce qui en fait un produit à risque.» Le Ripped Max d’Eafit, sponsor de l’athlétisme français, comporte ainsi du C itrus aurantium et n’affiche rien sur la quantité desdites molécules. Une jeune société française, Wall Protect, propose depuis peu un label «100 % sans risque de dopage». Le médecin de la FFA dit «encourager cette démarche», tout en précisant qu’ «elle ne doit pas être une incitation à la consommation, ni une preuve de l’intérêt des produits labellisés». Car au-delà du risque de dopage accidentel, c’est bien le caractère systématique du recours aux compléments qui alarme.
Pour Jean-Pierre Fouillot, «le développement de l’usage des compléments alimentaires relève aujourd’hui de la conduite dopante. Le recours devrait être réduit. Les produits d’hydratation et d’apports glucidiques sont indispensables pour éviter la déshydratation ou l’hypoglycémie lors d’un exercice de longue durée. Mais la recherche du produit en vue d’améliorer la performance est déjà en soi une démarche de dopage». Même légale, la prise de complément met l’athlète en face de sa propre définition de ce qu’est une «performance naturelle». Et là, chacun place le curseur où il l’entend. «Le complément doit répondre à un besoin ponctuel. Tu dérapes dès lors que tu ne peux pas faire sans», juge Brice Panel, coureur de 400 m. «On sait que les acides aminés branchés permettent d’éviter à l’organisme de casser du muscle après une séance de musculation, dit Stéphane Diagana. Qu’on les mange dans les lentilles du Puy ou en poudre, cela ne change rien. A condition que cela reste dans des dosages physiologiques. Par exemple, on trouve de la créatine dans certains aliments, mais le souci, c’est que les doses prescrites pour obtenir un résultat équivalent à manger 25 kilos de thon. On n’est plus dans une démarche de nutrition. Si l’objectif est de booster une fonction organique, on dépasse la ligne jaune.» Une ligne qu’une partie des athlètes a enjambée, sans forcément y voir malice. Dans l’enquête de l’IAAF, près de la moitié des athlètes interrogés ont déclaré que leur prise de compléments alimentaires visait bien une amélioration des performances.
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Après ses aveux de dopage, Marion Jones a rendu ses médailles des JO de Sydney
LEMONDE.FR : Article publié le 09.10.07
L'athlète américaine, qui a reconnu s'être dopée, a rendu au Comité olympique américain ses récompenses obtenues en 2000.Après avoir avoué, vendredi, s'être dopée, l'athlète américaine Marion Jones a rendu, lundi 8 octobre, à Austin (Texas), les trois
médailles d'or et les deux de bronze qu'elle avait remportées lors des Jeux olympiques de Sydney, en 2000.
Les médailles, actuellement aux mains du Comité olympique américain (USOC), "retourneront au siège du Comité international olympique à Genève, où elles seront remises aux vrais vainqueurs des Jeux", a expliqué le directeur exécutif de l'USOC, Jim Scherr.Marion Jones devra également être déchue de tous ses titres acquis en compétition depuis le 1er septembre 2000, et reverser au Comité olympique américain 100 000 dollars de primes gagnés pendant cette période.
"QUELQUE CHOSE A ÉTÉ GAGNÉ DE MANIÈRE MALHONNÊTE"
Peter Uebberroth, président de l'USOC, a estimé que les équipières de la coureuse dans les épreuves de relais féminins à Sydney devraient également rendre leurs médailles. "Nous pensons que quelque chose a été gagné de manière malhonnête et que cela a totalement entaché les courses de relais", a pour sa part affirmé Jim Scherr. En 2000, Marion Jones avait obtenu trois titres (100 m, 200 m et 4 × 400 m), ainsi que la troisième place au 4 × 100 m et à la longueur.
avec AFP
Dopage, violences, fraudes : les affaires se multiplient dans le sport américain
LE MONDE | 08.10.07 | 17h09 • Mis à jour le 08.10.07 | 17h09
NEW YORK CORRESPONDANTLe cas de Marion Jones - qui, après des années de dénégations outrées et de menaces contre ses accusateurs, a plaidé coupable d'usage de produits dopants devant un tribunal américain, vendredi 5 octobre - prend une telle ampleur aux Etats-Unis que le président George Bush lui-même a cru devoir exprimer sa "tristesse".
Ainsi donc, la "fille en or" du sport américain, seule athlète de l'histoire à avoir remporté lors d'une même olympiade cinq médailles (dont trois d'or), était réellement "chargée", en particulier à la célèbre THG (Tétrahydrogestrinone) délivrée par le laboratoire californien Balco à de nombreux sportifs dans diverses disciplines. Peter Ueberroth, le président du comité olympique américain (USOC), a appelé Marion Jones à "restituer ses médailles".
Dans sa période de gloire (1998-2002), celle-ci pouvait toucher jusqu'à 100 000 dollars pour une victoire dans un 100 mètres en meeting et des centaines de milliers en dessous-de-table pour y participer. En athlétisme, elle était celle dont les revenus publicitaires étaient les plus élevés.
La déchéance d'une star a forcément quelque chose de triste. Pourtant, peu de commentateurs américains adhèrent à la "tristesse" de leur président. Car cette fois, l'affaire semble dépasser son cas et sans doute, aussi, le seul problème du dopage. "Désolé, mais je ne me sens pas du tout désolé de ce qui arrive à Jones", clamait dimanche 7 octobre George Vecsey, chroniqueur sportif du New York Times, dans un article empreint d'amertume et de circonspection quant à l'évolution du sport professionnel aux Etats-Unis.
Son analyse reste circonscrite à la question du dopage. M. Vecsey y énumère quelques-uns des grands noms du sport américain récemment convaincus de ce type de tricherie. Le base-ball, premier sport du pays, se taille la part du lion, avec le dopage avéré d'immenses vedettes telles Barry Bonds (client régulier du laboratoire Balco) ou Mark McGuire.
Et si le chroniqueur new-yorkais cite aussi Floyd Landis, le vainqueur américain déchu du Tour de France 2006, le Los Angeles Times, lui, n'hésite plus, le même jour, à faire peser le soupçon sur Lance Armstrong, parmi ceux qui ont "véhémentement insisté de leur innocence" avant d'être finalement convaincus un jour de dopage.
Le problème est que Marion Jones, 31 ans, en fin de carrière et partiellement ruinée, n'a pas triché que dans le sport. Elle est également citée dans une scabreuse fraude sur des chèques bancaires à hauteur de 5 millions de dollars dans laquelle est impliqué son ancien compagnon, Tim Montgomery (ex-recordman du monde du 100 mètres, client comme elle de Balco et convaincu de dopage en 2005).
Le problème est aussi que, depuis plusieurs mois, l'opinion américaine assiste, un peu abasourdie, à une avalanche d'"affaires" d'ordre criminel - agressions, fraudes financières, trucages de compétitions, abus de pouvoir... - dans lesquelles se retrouvent impliqués des athlètes ou des dirigeants des grands sports professionnels. Dernière en date : la condamnation en première instance pour harcèlement sexuel, début octobre, d'Isiah Thomas, le manager de l'équipe de basket New York Knicks.
En juillet, des matches truqués en NBA, la ligue professionnelle de basket-ball, avec achat d'arbitres, avaient défrayé la chronique. En avril, le quotidien populaire USA Today avait fait sa "une" avec les visages de 42 joueurs de 18 clubs différents de la NFL, la ligue nationale de football américain, tous mis en examen en 2006 dans des affaires de drogue, de fraude ou de violences physiques allant jusqu'à l'usage d'armes à feu.
Le salaire médian des joueurs, dans la NFL, est de 1,76 million de dollars par an. Nombre des joueurs impliqués gagnent, eux, 3 à 5 millions. Le quotidien indiquait qu'après avoir trop longtemps fermé les yeux, les dirigeants du football avaient décidé d'" affronter les problèmes de discipline" dans leurs rangs.
Trois mois plus tard, un footballeur du club Atlanta Falcon, Michael Vick, était pris la main dans le sac : il organisait des combats illégaux de chiens et des paris tout aussi illégaux sur ces combats. Rémunéré par contrat 130 millions de dollars sur dix ans, il était une des grandes vedettes du club.
Le sport professionnel américain est loin d'être chancelant. Mais plusieurs gros sponsors envisagent désormais des réaménagements dans la répartition de leur manne financière au profit du sport universitaire, lui aussi extrêmement populaire - et dont la richesse croît régulièrement.
Sylvain Cypel
Article paru dans l'édition du 09.10.07.
DOPAGE Les aveux de Marion Jones
Article paru dans l'édition du Monde du 07.10.07Marion Jones, en larmes, vendredi 5 octobre. « C'est avec une grande honte que devant vous je peux vous dire que j'ai trahi votre confiance », a déclaré la sprinteuse américaine devant la presse, à sa sortie du tribunal de White Plains, à New York. La triple championne olympique des Jeux de Sydney, en 2000, a reconnu s'être dopée entre septembre 2000 et juillet 2001, en utilisant de la THG (tétrahydrogestrinone), un stéroïde anabolisant distribué par le laboratoire Balco.
« Je quitte l'athlétisme, que j'ai adoré profondément », a annoncé Marion Jones, qui, à 31 ans, risque une peine de cinq ans de prison et 250 000 dollars d'amende pour « parjure ». Ses aveux pourraient lui valoir une peine réduite, mais pas la conservation de ses médailles, que le Comité olympique américain lui réclame.
DOPAGE AFFAIRE BALCO
Les aveux de Marion Jones
Article paru dans l'édition du Monde du 06.10.07Les soupçons étaient donc fondés. Selon le site du Washington Post, l'athlète américaine Marion Jones, 31 ans, trois fois médaillée d'or aux Jeux olympiques de 2000, aurait reconnu dans une lettre envoyée à des proches s'être dopée en 1999-2000. Elle aurait admis avoir usé d'un produit nommé « clear », qui lui aurait été fourni et administré par son propre entraîneur, Trevor Graham.
La sprinteuse et sauteuse en longueur était depuis longtemps dans le collimateur des autorités sportives depuis que son nom était sorti dans l'affaire Balco, du nom d'un laboratoire californien créateur de ce produit dopant très difficilement décelable, et dont il est avéré qu'il en a fourni d'importantes quantités à un grand nombre de sportifs américains.
Appelée à témoigner devant un grand jury, l'athlète avait nié s'être jamais dopée. Elle était convoquée par un tribunal vendredi 5 octobre pour y répondre de prise de stéroïdes anabolisants. Dans sa lettre, elle annoncerait sa volonté de « plaider coupable » de faux témoignage et s'excuse devant ses proches pour « la déception » qu'elle leur cause.
Sylvain Cypel
Un nouveau cas de dopage touche l'athlétisme français
LE MONDE | 05.09.07 | 15h58 • Mis à jour le 05.09.07 | 15h58Le Français Naman Keita a été contrôlé positif à la testostérone lors d'un test urinaire diligenté, lundi 20 août, par la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF), avant le début des championnats du monde d'athlétisme (25 août-2 septembre), a révélé l'AFP, mardi 4 septembre.
Le coureur de 400 m haies - qui a invoqué la prise d'un complément alimentaire contaminé acheté sur Internet - a été informé de ce contrôle positif, vendredi 31 août, par le président de la Fédération français d'athlétisme (FFA), Bernard Amsalem, cinq jours après son élimination en demi-finale du 400 m haies. Le contrôle a été effectué à Wakayama, camp d'entraînement français situé à une heure de transport d'Osaka.
Le président de l'IAAF, Lamine Diack, avait révélé, dimanche 2 septembre, qu'un "résultat anormal" avait été relevé lors d'un contrôle antidopage.
"CONNERIE À DEUX BALLES"Inattendu médaillé de bronze aux Jeux olympiques d'Athènes en 2004 sur 400 m haies, Naman Keita, 29 ans, fut aussi membre du relais français 4 x 400 m champion d'Europe à Göteborg en 2006 et du relais 4 x 400 m qui avait récupéré la médaille d'or des Mondiaux de Paris en 2003 aux dépens des Etats-Unis dont un des athlètes aurait dû être sous le coup d'une suspension.
Entraîné par Hervé Stéphan, le grand hurdleur (1,96 m) avait pris l'habitude de passer une partie de l'année à se préparer à Los Angeles, au côté du Dominicain Felix Sanchez, champion olympique en 2004 et double champion du monde du 400 m haies (2001 et 2003).
Naman Keita prétend s'être assuré que le produit qu'il a absorbé ne présentait aucune contre-indication pour les sportifs, mais il admet n'en avoir parlé ni à son entraîneur, médecin, ni à l'encadrement fédéral. Il a demandé une contre-expertise (analyse de l'échantillon B) dont l'issue ne fait guère de doute. Elle devrait lui valoir une suspension de deux ans.
"Je crois que ma connerie à deux balles, je vais la payer cher", a-t-il déclaré à l'AFP, expliquant que le complément alimentaire qu'il incrimine était destiné à "régénérer des muscles douloureux" après ses médiocres performances du mois de juillet.
Il a également évoqué des douleurs aux abdominaux consécutives à ses championnats de France (3-5 août) complètement ratés (4e sur 400 m haies) à l'issue desquels il n'avait pas réalisé les minimas imposés par la FFA pour les Mondiaux. "Je me suis un peu enfermé sur moi-même, a-t-il expliqué. Je ne voulais parler à personne. J'étais en plein doute."
Selon le directeur technique national Franck Chevallier, Keita songeait, à l'issue des championnats nationaux, à décliner la sélection individuelle qui lui a été accordée en vertu de son rang de 14e athlète mondial sur 400 m haies au classement de l'IAAF.
"J'étais persuadé que son problème était technique, a déclaré M. Chevallier, mardi. Pour cette raison, je lui ai laissé le choix, mais il aurait de toute façon été du déplacement dans le collectif relais du 4 x 400 m."
La défense de Keita rappelle celle de son ami Florent Lacasse - finaliste du 800 m des championnats d'Europe de Göteborg en 2006 et lui aussi contrôlé positif à la testostérone au printemps. Lacasse avait également incriminé un complément alimentaire acheté sur Internet. Son cas est en attente de sanction. "Malgré nos efforts de prévention, on a l'impression que les conseils entrent par une oreille et ressortent par l'autre, s'est emporté Bernard Amsalem, président de la FFA, mardi soir. On ne sait plus quoi faire."
Patricia Jolly
Article paru dans l'édition du 06.09.07.
Paru dans le JDD Dimanche 01 Juillet 2007
Dopage: à donner la nausée...
Par Christel de TADDEO
Le Journal du Dimanche
Alors que le Tour de France s'élance dans moins d'une semaine, les affaires de dopage et les révélations gangrènent de plus en plus le peloton. L'Allemand Joerg Jaksche admet s'être dopé depuis 1997, et être lié au docteur Fuentes, enfonçant un peu plus une équipe Astana dont le leader, Alexander Vinokourov, annonce qu'il travaille avec le sulfureux docteur Michele Ferrari.
A une semaine du départ du Tour de France, le grand déballage continue. L'Allemand Joerg Jaksche fait son coming out dans l'hebdomadaire allemand Der Spiegel à paraître lundi. L'ancien coureur d'Astana reconnaît avoir été client du docteur Eufemiano Fuentes: "C'est mon sang qui a été trouvé dans trois pochettes. Je suis le 'numéro 20' dont il est question sur les documents."Jaksche a décidé de tout balancer, depuis sa première prise d'EPO chez Polti en 1997. Pendant le Tour de France 1998, "quelqu'un dans notre équipe a eu l'idée de cacher l'EPO dans un aspirateur à double fond que nous trimballions avec nous dans notre autocar", raconte Jaksche. Gianluigi Stanga, patron de l'équipe à l'époque, explose de rire. "Ce sont des histoires vraiment ridicules", assure le manager de l'équipe Milram. Selon Jaksche, il était au courant. "C'était une époque particulière, mais je n'ai jamais incité un coureur à se doper ni organisé ou même favorisé le dopage au sein de mon équipe", rétorque Stanga. Sale semaine pour Milram dont le sprinteur vedette Alessandro Petacchi comparaît demain devant le Comité olympique italien pour un taux trop élevé de salbutamol sur le dernier Giro.
Jaksche autopsie et ce n'est pas beau à voir. Au sein de l'équipe Once où il a couru entre 2001 et 2003: "J'étais complètement aux mains des médecins et je ne peux même pas dire ce qu'ils nous faisaient exactement. Je tendais simplement mon bras et je me laissais piquer..." La prétendue révolution du peloton avait pourtant eu lieu. Jaksche, qui a rejoint la CSC fin 2003, n'épargne pas Bjarne Riis. Selon lui, le manager de la formation danoise était "naturellement au courant" des pratiques dopantes au sein de son équipe. Comme Walter Godefroot, l'ancien manager de Telekom, désormais directeur sportif chez Astana. "Pour lui, le problème n'était pas d'éviter que quelqu'un se dope mais d'éviter qu'il le fasse maladroitement", raconte Jaksche, qui a roulé sous les couleurs de la formation allemande de 1998 à 2000.
Cela commence à sentir mauvais autour de l'équipe Astana: cas positif de Matthias Kessler, suspension d'Eddy Mazzoleni, mises en cause de Godefroot qui avait récemment réfuté les accusations d'un ancien soigneur... Et Alexander Vinokourov - qui a couru au sein de la formation allemande de 2000 à 2005 - admet maintenant travailler avec le sulfureux docteur Michele Ferrari. Cela n'a pas surpris grand monde. Le problème avait été évoqué lors d'une réunion de l'Association des groupements sportifs (AIGCP) sur le Dauphiné Libéré. "On a demandé à ceux qui avaient des coureurs travaillant avec Ferrari de le dire, raconte l'un d'entre eux. On a vu des têtes se baisser." L'AIGCP se réunira jeudi prochain à Londres. "Je suis président mais je ne suis pas juge", élude Patrick Lefévère, le manager de Quickstep. "Je suis triste. On est presque mort. Une dernière banderille et c'est fini."
Le manager de Cofidis Eric Boyer est indigné. "C'est scandaleux ! Présenter Ferrari comme un super préparateur alors qu'il a dit que l'EPO n'était pas un produit dangereux et que tout ce qui ne rendait pas positif n'était pas dopage, c'est nous prendre pour des cons." Le manager de Bouygues Telecom, Jean-René Bernaudeau soupire: "Je commence à m'en foutre parce que je ne peux pas changer le monde. On ne sait plus quoi faire." Les organisateurs du Tour de France n'ont pas souhaité s'exprimer.
2007 © Le Journal du Dimanche
Dopage : deux coureuses de fond françaises interpellées à Lille
LE MONDE | 28.06.07 | 15h46 • Mis à jour le 28.06.07 | 15h46Les policiers de la brigade des stupéfiants de Paris se sont déplacés à Lille pour interpeller deux athlètes de haut niveau, mercredi 27 juin, dans le cadre d'une enquête sur un trafic de produits dopants. Zahia Dahmani, 35 ans, et Hanan Fahroun, 33 ans, ont été placées en garde à vue. Les enquêteurs agissaient sur commission rogatoire de la juge d'instruction parisienne Anne-Marie Bellot, du pôle de santé publique. Ils ont saisi en perquisition des seringues d'EPO, des gélules de testostérone et d'autres médicaments en cours d'analyse. Interrogée par Le Monde, jeudi 28 juin, le président de la Fédération française d'athlétisme, Bernard Amsalem s'est refusé à tout commentaire, en attendant de disposer d'éléments plus précis sur l'enquête.
Zahia Dahmani est employée municipale à Tourcoing et membre du club de Lille Métropole Athlétisme. Hanan Fahroun, qui habite en région parisienne, s'était rendue à Lille, en ce 27 juin, pour rencontrer la coureuse de semi-marathon. Hanan Fahroun avait été suspendue début décembre 2006 par la Fédération française d'athlétisme, qui avait reçu un "certificat médical de contre-indication à la pratique de la compétition". Elle n'avait pu participer aux Championnats d'Europe de cross-country, en décembre 2006 à San Giorgio su Lignano (Italie).Les coureuses de fond comptent des sélections en équipe de France d'athlétisme. Hanan Farhoun avait participé à la Coupe d'Europe à Malaga (Espagne) en juin 2006 sur 5 000 m, contribuant à la 4e place de la sélection tricolore féminine. Zahia Dahmani, elle, représentait la France sur 10 000 m aux championnats d'Europe de Göteborg (Suède) en août 2006. Elle s'était classée 23e en 34 min 47 s 46.
Le demi-fond français a été frappé par plusieurs affaires de dopage depuis un an. Le coureur de 3 000 m steeple Nordine Gezzar avait subi deux contrôles positifs successifs (anabolisant et diurétique) en juin et juillet 2006. Latifa Essarokh, toute fraîche recordwoman de France du 1 500 m, avait subi un contrôle positif aux anabolisants en juillet 2006.
Hind Dehiba et son époux et entraîneur Fodil, avaient été interpellés en fin janvier à l'aéroport de Roissy avec des fioles d'hormones de croissance. La jeune femme avait ensuite fait l'objet d'un contrôle positif à l'EPO. Le crossman Khalid Zoubaa a, lui, été contrôlé positif à l'EPO fin janvier aux championnats de France militaires.
Gérard Davet et Piotr Smolar
Article paru dans l'édition du 29.06.07.
Le cannabis inquiète les autorités antidopage
LE MONDE | 27.06.07 | 16h01 • Mis à jour le 27.06.07 | 16h01
Le cannabis reste très prisé des sportifs. Lors du premier trimestre 2007, 34 contrôles positifs - sur un total de 60 - ont révélé la présence de cannabinoïdes, a annoncé, mercredi 27 juin, l'Agence française de lutte contre le dopage (AFLD). Avec 9 cas, les anabolisants sont la deuxième substance la plus retrouvée, juste devant les corticoïdes mais loin derrière le cannabis.
La substance a été retrouvée en nombre important chez des joueurs de handball (12 cas sur 16 analyses positives). Ce sport a été l'objet d'une attention particulière de janvier à mars, avec 374 contrôles. A titre de comparaison, le rugby, qui avait été ciblé au dernier trimestre 2006, n'a été l'objet que de 147 contrôles pendant le premier trimestre 2007.Six cas se sont révélés positifs dont 4 au cannabis, 1 à la cocaïne et 1 aux corticoïdes. Parmi eux, l'ailier vedette du SU Agen, le Fidjien Rupeni Caucaunibuca, a été suspendu trois mois par la commission de première instance de la Fédération française de rugby après un contrôle positif au cannabis le 24 mars.
Lors des trois derniers mois de 2006, dix joueurs de rugby avaient déjà été contrôlés positifs au cannabis. Pendant cette période, le football - qui avait également été ciblé - avait été concerné par 18 cas positifs, la plupart au cannabis.
Pour le président de l'AFLD, Pierre Bordry, la présence prépondérante de cette substance dans les résultats d'analyses positifs, ne saurait s'expliquer par le seul usage dit "festif" du cannabis. "Si c'était un simple usage festif, on ne le retrouverait pas aussi souvent dans les analyses positives, estime-t-il. Pour nous, il est certainement utilisé à des fins dopantes pour reculer le seuil de la douleur ou gérer le stress avant une compétition, seul ou associé à d'autres substances comme les corticoïdes."
Stéphane Mandard
Article paru dans l'édition du 28.06.07.
Gerhard Treutlein dénonce le dopage organisé en Allemagne
LE MONDE | 29.05.07 | 13h47 • Mis à jour le 29.05.07 | 13h47Gerhard Treutlein est responsable du département des sciences du sport de l'université d'Heidelberg.
Êtes-vous surpris par les récents aveux de deux médecins de la clinique de Fribourg, Lothar Heinrich et Andreas Schmid, qui ont reconnu avoir administré de l'EPO à des coureurs de l'équipe Telekom dans les années 1990 ?Je suis surtout surpris qu'il y ait autant de gens qui se disent surpris par les aveux de ces derniers jours. A l'université de Fribourg, d'éminents scientifiques et leurs élèves ont fait des recherches dans le domaine des stimulants, des stéroïdes anabolisants, de la testostérone et de l'EPO pendant des décennies : ces recherches étaient bien vues par le sport organisé et l'ancienne RFA.
Ainsi, le cardiologue Reindell (1908 - 1990) est considéré par beaucoup comme le père de la médecine sportive allemande : il a été entre autres membres de la commission médicale du CIO. Son élève, le professeur Joseph Keul (1932- 2000), a été pendant près de trente ans le responsable de la médecine sportive de l'université de Fribourg, et même, pendant quelque temps, président de la commission antidopage du sport allemand et médecin en chef des équipes olympiques allemandes entre 1984 et 1996. Reindell et Keul sont les pères de la soi-disant "école de Fribourg".
Les révélations et aveux en cascade ne concernent que des cyclistes. Pourtant, les médecins de Fribourg ont travaillé avec de nombreux autres sportifs ?Keul a eu le prix du CIO avec Wilfried Kindermann et B. Deus dans le domaine de la médecine sportive, en 1989. Il est assez vraisemblable que leurs recherches n'ont pas seulement été faites à des fins théoriques mais aussi à des fins d'utilisation. Wilfried Kindermann, qui était le médecin de l'équipe nationale de football championne du monde en 1990, et qui dirige aujourd'hui le département de médecine sportive de l'université de Saarbrück, n'a jamais pris ses distances avec les activités de Reindell et Keul.
Le professeur Huber, médecin en chef de l'équipe olympique allemande de Turin en 2006, n'a craqué que samedi 26 mai, et, encore, en avouant seulement avoir dopé des amateurs de cyclisme entre 1980 et 1990 (comme les cyclistes, il avoue seulement les faits prescrits pour ne pas risquer de poursuites juridiques).
Il a été congédié par l'Agence nationale antidopage, la Fédération de cyclisme et l'université de Fribourg. Mais jeudi dernier, la Fédération allemande de ski alpin et celle du handisport, en apprenant que l'université de Fribourg voulait mettre un terme à sa collaboration avec le sport de haut niveau, avaient déclaré que Huber était un médecin très crédible et très compétent et qu'ils voulaient continuer de collaborer avec lui.
Aujourd'hui, l'équipe cycliste T-Mobile prend ses distances avec ces deux médecins. Que vous inspire ce comportement ?Les équipes professionnelles savaient pour la plupart très bien à qui s'adresser pour avoir le soutien médical "nécessaire". Keul et la médecine sportive de Fribourg avaient une "bonne" renommée. Jusqu'à sa mort, Keul a été le partenaire de l'équipe Telekom.
Je ne peux pas m'imaginer que la firme Deutsche Telekom ne savait pas comment Keul et ses deux élèves, Schmidt et Heinrich (les deux médecins de Fribourg qui ont avoué avoir administré de l'EPO à des coureurs), ont travaillé. Il ne faut pas non plus oublier que Telekom a sponsorisé - après l'affaire Festina, en 1998 - la clinique Fribourg, avec 1,2 million de deutschemarks pour faire des recherches et trouver des méthodes de détection de l'EPO.
Avec ces révélations, les dirigeants politiques comme le grand public semblent découvrir que l'université de Fribourg a été le centre du dopage en Allemagne de l'ouest depuis plusieurs années...Si des politiciens comme le ministre de l'intérieur et responsable du sport de haut niveau, Wolfgang Schäuble, se montrent surpris par les révélations des jours derniers, ils ont dormi dans le passé ou alors ils font semblant. Qui a voulu voir et entendre des choses a eu l'occasion, et il pouvait être informé des travaux de "l'école de Fribourg".
Mais, pour la plupart, il ne s'agissait que de rumeurs ; dans le domaine du dopage la différence entre une rumeur et la vérité est pour la plupart des cas seulement une question de temps. La volonté politique et du sport organisé, dans le passé (comme d'ailleurs dans la plupart des pays) n'était pas d'agir contre de tels médecins parce que le résultat de leurs actions était bénéfique pour la nation par le rendement en termes de médailles et de titres.
La clinique de Fribourg a été le plus grand centre de la médecine sportive allemande, mais pas le seul. Mais là encore, il ne faut pas oublier qu'il y a eu d'autres médecins et centres qui ont fait et font encore un travail sérieux.
L'Allemagne a fait le procès du dopage d'Etat de l'ex-RDA, faut-il faire aujourd'hui celui de l'Allemagne de l'Ouest ?Il ne suffit pas de congédier deux ou trois médecins qui ont avoué avoir dopé. Ce qui est nécessaire, c'est de remplacer beaucoup de personnes dans le sport de haut niveau, pas seulement des médecins et pas seulement dans le cyclisme. Le sport de haut niveau a besoin de changements structuraux et la prise de fonctions par des personnes qui dans le passé avait une attitude claire contre le dopage.
Mais il ne faut pas oublier qu'il ne s'agit pas d'une affaire uniquement allemande. Le dopage est-allemand a été traité ainsi par des dirigeants internationaux comme l'ancien président du CIO, Juan Antonio Samaranch, ou l'ancien président de la Fédération internationale d'athlétisme, Primo Nebiolo, parce que cela leur évitait de devoir agir sur le plan international.
Il s'agit d'un problème de structures du sport de haut niveau et de médecine sportive. La logique du haut niveau - toujours plus de performances, plus de médailles - l'emporte toujours sur celle de la médecine - guérir des malades. Le sport ne peut pas être mieux que la société. Le dopage existe de plus en plus dans toute la société : chirurgie esthétique, dans le monde du travail, l'art, la musique etc., et dans tous les pays développés. Le sport, qui s'est donné ses propres règles, doit réfléchir sur le sens d'un sport humain et en déduire de nouveaux comportements.
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Quand Telekom rendait hommage au père de l'"école de Fribourg"
En 2000, après le décès de Joseph Keul, l'un des pères de l'"école de Fribourg", du nom de la clinique qui a récemment licencié les deux médecins qui ont avoué avoir dopé des coureurs de l'équipe Telekom, l'entreprise Deutsche Telekom et son équipe cycliste avaient publié dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung un hommage, qui, selon le Pr Trautlein, "suscite des interrogations" : "Pour un homme magnifique et un éminent spécialiste de la médecine sportive, qui au cours de nombreuses années de surveillance médicale des cyclistes de l'équipe Telekom a acquis des mérites éternels. Par son engagement pour un sport propre, le fair-play et pour ainsi dire un sport sans dopage, il a envoyé un signal positif au monde du sport." Signé : les dirigeants de Telekom, Sommer et Kindervater, et les directeurs sportifs de l'équipe Telekom, Walter Godefroot et Rudy Pevenage.Propos recueillis par Stéphane Mandard
Article paru dans l'édition du 30.05.07.
Bjarne Riis, vainqueur du Tour de France 1996, a avoué s'être dopé
LE MONDE | 26.05.07 | 14h12 • Mis à jour le 26.05.07 | 14h12Vainqueur du Tour de France 1996, Bjarne Riis a admis s'être dopé durant sa carrière cycliste, lors d'une conférence de presse convoquée, vendredi 25 mai, à Lyngby (Danemark). "J'ai pris des produits prohibés. J'ai pris de l'EPO. Je les ai achetés moi-même et je les ai pris seul. Cela faisait partie de la vie quotidienne des coureurs cyclistes", a expliqué le Danois, âgé aujourd'hui de 43 ans.
Cette confession publique n'est pas vraiment spontanée. Elle suit les révélations, fin avril, d'un ancien "soigneur" du peloton, Jeff D'Hont. Le Belge a évoqué dans un livre l'existence d'un dopage massif au sein de l'équipe Deutsche Telekom, en 1996 et 1997. Il mettait nommément en cause Bjarne Riis.
L'un après l'autre, plusieurs coureurs de la formation, dont l'Allemand Erik Zabel, ont reconnu les faits. Deux médecins du CHU de Fribourg ont confirmé avoir fourni les produits dopants. Seul l'Allemand Jan Ullrich, vainqueur du Tour 97, mis en cause dans un autre dossier de dopage, l'affaire Puerto, continue de nier toute pratique antisportive. Mais son agent a annoncé, samedi 26 mai, dans le journal Die Welt, que le jeune retraité allait "faire une déclaration", sans en préciser la teneur.
Les faits étant prescrits, les aveux de Bjarne Riis seront sans incidence sur le classement de 1996, a annoncé l'Union cycliste internationale (UCI). L'instance a cependant demandé que le vainqueur lui renvoie son maillot jaune. "Il est rangé dans un carton dans mon garage, vous pouvez venir le prendre si cela vous chante", a ironisé le "repenti".
L'UCI serait bien en mal de désigner un autre vainqueur à la 83e édition. Le deuxième au classement général était en effet Jan Ullrich, coéquipier de Bjarne Riis. Les troisième et quatrième de l'épreuve, le Français Richard Virenque et le Suisse Laurent Dufaux, qui couraient pour l'équipe Festina, ont déjà reconnu s'être dopés...
Bjarne Riis n'a pas exprimé de regrets, assurant avoir gagné grâce à son "talent". "Je suis fier de mes résultats même s'ils n'ont pas été acquis en toute honnêteté", insiste-t-il. Sa carrière illustre pourtant jusqu'à la caricature le bouleversement des hiérarchies sportives, ou plutôt son abolition, provoquée par l'arrivée dans le peloton, au tournant des années 1990, de l'EPO, une hormone qui accroît la production de globules rouges et facilite l'effort.
"MONSIEUR 60 %"Né en 1964, le Danois est resté longtemps un obscur coéquipier dans des équipes belges puis françaises. Il est "porteur d'eau", puis capitaine de route de Laurent Fignon. En 1993, le coureur arrive en Italie, intègre l'équipe Gewiss l'année suivante. Le médecin de cette formation, Michele Ferrari, affirmait que ce qu'on appelait encore l'"érythropoïétine" n'était "pas plus dangereuse que 10 litres de jus d'orange".
A trente ans passés, le Danois entame alors une seconde carrière et étoffe brusquement son palmarès. Sa calvitie précoce apparaît souvent en tête de course. Il poursuivra sa progression chez Deutsche Telekom jusqu'à remporter le Tour en 1996. La victoire sur les Champs-Elysées lui vaut l'adulation du peuple danois, mais également un sobriquet dans le peloton : "Monsieur 60 %", chiffre évoquant son taux d'hématocrite, c'est-à-dire de globules rouges dans le sang. Jeff d'Hont affirme que le coureur est monté à 64 %, avait "un sang épais comme un sirop visqueux" et était "accro à l'EPO", ce qu'a formellement contesté l'intéressé vendredi.
Pourtant peu regardant en matière de dopage, le peloton s'est inquiété de cette déraison qui les menaçait collectivement. A la fin de la saison 1996, une délégation de coureurs est reçue par les responsables de l'UCI qui décide de fixer un taux d'hématocrite maximum à 50 %, en 1997. La carrière du Danois va alors amorcer un rapide déclin. Accumulant les médiocres performances, blessé au genou dans une chute, il raccroche en 2000.
Bjarne Riis s'est aussitôt reconverti en directeur sportif, à la tête de CSC. Son équipe ne tarde pas à écraser le peloton. Cette domination, la présence dans l'entourage de la formation du docteur Luigi Cecchini, médecin de Bjarne Riis quand il courait, éveillent les soupçons. Impliqué dans l'affaire Puerto, le leader de l'équipe, Ivan Basso, a avoué, en 2006, s'être dopé. Il a été licencié par Bjarne Riis, au nom de la morale. Loin de ses prétentions éthiques, le directeur sportif assurait pourtant, vendredi, vouloir poursuivre ses propres fonctions.
Benoît Hopquin
Article paru dans l'édition du 27.05.07.
Les aveux de dopage pleuvent sur le cyclisme allemand
LE MONDE | 25.05.07 | 14h04 • Mis à jour le 25.05.07 | 14h04
BERLIN CORRESPONDANCELes aveux de dopage tombent en rafale sur le cyclisme allemand. Après Jef d'Hont, l'ancien soigneur de l'équipe Telekom, qui a révélé, dans Mémoires d'un soigneur publiées en avril, comment des coureurs de la formation allemande avaient eu recours à l'EPO dans les années 1990, après Udo Bölts, triple champion d'Allemagne, qui a démissionné de ses fonctions de directeur sportif de l'équipe Gerolsteiner après avoir reconnu ses pratiques dopantes, deux médecins et un coureur de renom sont à leur tour "passés à table", jeudi 24 mai.
Lors d'une conférence de presse, Erik Zabel, 36 ans, six fois meilleur sprinteur du Tour de France, a admis s'être "dopé à l'EPO lors du Tour de France 1996" après avoir entendu parler dans le peloton des "rumeurs sur un produit miracle". Présent au côté d'Erik Zabel, Rolf Aldag, ancien coureur de Telekom et actuel manageur de l'équipe T-Mobile, a expliqué que "cela se faisait en petit comité, chacun dans son coin, ce n'était pas quelque chose dont on était fier". "Ce sport avait et a toujours un énorme problème avec le dopage", a-t-il ajouté.
DANS LA TOURMENTE
Mercredi 23 mai, deux médecins de Telekom, Lothar Heinrich et Andreas Schmid, ont confirmé les accusations d'un autre ancien coureur, Bert Dietz, qui les avait présentés comme les initiateurs du dopage systématique à l'EPO dans l'équipe Telekom. Les deux médecins, deux anciens élèves de Joseph Keul, médecin chef des délégations ouest-allemandes lors de plusieurs Jeux olympiques, ont été licenciés par la clinique universitaire de Fribourg. Cette clinique, qui suit 1 500 athlètes issus de huit fédérations sportives, se trouve dans la tourmente.Cette série d'aveux a relancé, en Allemagne, la discussion politique sur le projet de réforme de la législation antidopage. Dénonçant les "réseaux mafieux" du cyclisme, le ministre de l'intérieur, Wolfgang Schäuble (CDU), a exigé une rapide adoption du nouveau texte de loi par le Bundestag. Plusieurs députés ont appelé les chaînes publiques ARD et ZDF à boycotter les grandes épreuves cyclistes.
En cas de nouveaux aveux, Fritz Raff, le patron d'ARD n'exclut pas d'annuler la retransmission du Tour de France 2007.
Le sponsor T-Mobile a indiqué qu'il maintiendrait son engagement jusqu'en 2010. D'après la presse allemande, le gouvernement, premier actionnaire de Deutsche Telekom, aurait réclamé un retrait de sa filiale T-Mobile. De son côté, le producteur de volailles Wiesenhoff a indiqué qu'il mettait fin à son engagement dans le cyclisme d'ici à la fin de la saison. La société Nordmilch, qui finance l'équipe Milram avec laquelle Erik Zabel est en contrat, doit s'exprimer la semaine prochaine.
Cécile Calla
Article paru dans l'édition du 26.05.07.
Cyclisme : au terme de son audition, Floyd Landis continue de nier s'être dopé
LE MONDE | 24.05.07 | 14h56 • Mis à jour le 24.05.07 | 14h56Le feuilleton Landis est provisoirement suspendu. Jeudi 24 mai, l'audition du vainqueur du Tour de France 2006 devant une cour d'arbitrage américaine (AAA) à Malibu, en Californie, s'est achevée par les plaidoiries des avocats du coureur et de l'agence américaine antidopage (Usada). L'Usada a ouvert une procédure disciplinaire à l'encontre de Floyd Landis - qui encourt une suspension de deux ans et la perte de son titre - après son contrôle positif à la testostérone lors de la 17e étape du Tour. La décision de la cour ne devrait pas être connue avant un mois.
Les débats, qui ont duré neuf jours, n'ont pas apporté de nouveaux éléments. Fidèle à sa ligne de conduite, Floyd Landis a continué de nier s'être dopé.
RÉSULTAT INCONTESTABLE
Tout juste a-t-il reconnu que les premières explications qu'il avait fournies pour expliquer son taux anormalement élevé de testostérone - l'absorption de bière, la prise de cortisone ou encore un taux naturellement élevé de testostérone - avaient été mal soufflées par ses premiers avocats.Les experts sollicités par les deux parties ont développé des conclusions diamétralement opposées quant à l'intégrité des résultats du Laboratoire national de dépistage du dopage de Châtenay-Malabry (LNND), où ont été analysés les échantillons urinaires du coureur. Les défenseurs de Landis ont soutenu que les instruments de mesure avaient été mal utilisés et que l'on ne pouvait pas clairement conclure à un cas positif. "Les données sont excellentes et montrent clairement la testostérone", a estimé, au contraire, le directeur du Laboratoire antidopage de Cologne (Allemagne), Wilhelm Schanzer, cité par l'Usada.
Un rapport indépendant commandé par l'Agence française de lutte contre le dopage (AFLD) conclut également que le résultat du contrôle positif de Floyd Landis à la testostérone est incontestable. Le coureur s'est d'ailleurs engagé auprès de l'AFLD à ne pas courir le Tour 2007.
Stéphane Mandard
Article paru dans l'édition du 25.05.07.
Cyclisme: Erik Zabel avoue s'être dopé
Par Iain RogersBERLIN (Reuters) - 24/05/07 - Erik Zabel, qui fut au temps de sa splendeur un des meilleurs sprinters du peloton, a avoué jeudi s'être dopé.
A cours d'une conférence de presse organisée par l'équipe T-Mobile, Zabel, qui est toujours sous contrat avec Milram, a notamment reconnu avoir pris de l'EPO en 1996, l'une des années où il avait été sacré meilleur sprinter du Tour de France.
"Pour ma part, j'ai décidé d'avoir recours à l'EPO peu avant le Tour de France 1996", a déclaré Zabel, la voix tremblante, lors d'une conférence de presse télévisée, à Bonn.
"J'ai menti et je suis désolé. J'ai essayé une seule fois et à la fin de la première semaine, j'ai arrêté car je ne supportais pas les effets secondaires."
Zabel, 36 ans, a dit ne pas avoir continué à utiliser l'EPO.
Le coureur allemand compte à son palmarès six maillots verts et 12 victoires d'étape dans le Tour. Il a remporté 194 courses dans sa carrière. Il s'agit de l'un des plus grands noms du cyclisme à avoir reconnu le recours au dopage.
Au cours de la même conférence de presse, Rolf Aldag, qui fut son coéquipier et est aujourd'hui directeur sportif de T-Mobile, a lui aussi reconnu s'être dopé entre 1995 et 2002.
"Avant le Tour de France en 1995, j'ai commencé à utiliser l'EPO et j'ai continué ensuite", a dit Aldag jeudi.
Zabel et Aldag ont tous les deux admis que le dopage faisait partie de la vie quotidienne du cyclisme professionnel et que les contrôles étaient extrêmement irréguliers. Rien n'a changé, ont-ils ajouté.
"Ce sport avait et a toujours un énorme problème avec le dopage", a ajouté Aldag, qui a dit ne pas savoir si Jan Ullrich, vainqueur du Tour de France 1997, avait fait usage de substances prohibées.
Ullrich a toujours nié s'être dopé et son avocat a déclaré à la télévision que son client ne souhaitait pas s'exprimer sur le sujet pour le moment.
Le manager general de la T-Mobile, Bob Stapleton, a déclaré avoir refusé la démission de Rolf Aldag.
"Il a tout mon soutien et je veux continuer à travailler avec lui", a-t-il dit.
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Dopage - Museeuw inculpé pour détention de 2000 doses d'EPO en 2003
AFP 03.10.05 | 11h07
La justice belge a inculpé l'ancien champion cycliste belge Johan Museeuw de détention de produits dopants, dont 2000 doses d'EPO en 2003, a indiqué lundi le parquet de Courtrai (nord-ouest).
Le parquet de la ville demandera le 11 octobre le renvoi devant un tribunal correctionnel du champion du monde sur route 1996 et de 10 autres personnes, a indiqué à l'AFP le porte-parole du parquet, Tom Janssens.
La décision d'un renvoi éventuel de l'ex-icône du cyclisme flamand devant un tribunal pourrait cependant intervenir "un mois plus tard", selon la même source.
Johan Museeuw est "inculpé pour détention d'Aranesp, d'EPO (érythropoïétine) et de Dexomethasone", trois produits dopants repris sur la liste des substances interdites par l'Agence mondiale antidopage (AMA), a également précisé M. Janssens, confirmant une information donnée lundi par les journaux belges La Dernière-Heure et Het Laatste Nieuws.